L'œuvre en quelques mots

Dans Un si fragile vernis d’humanité. Banalité du mal, banalité du bien, Michel Terestchenko s'interroge sur une question aussi simple que vertigineuse : qu'est-ce qui conduit un individu ordinaire à faire le mal — ou, au contraire, à lui résister ?

L'auteur revient notamment sur les travaux de Stanley Milgram consacrés à l'obéissance à l'autorité, sur les analyses de Hannah Arendt autour de la banalité du mal, ainsi que sur différentes situations dans lesquelles des individus sont confrontés à l'autorité, au conformisme et à leur propre responsabilité.

Mais Terestchenko refuse une lecture trop simple qui ferait de l'homme un être naturellement égoïste, prêt à basculer dans la violence dès que les circonstances l'y autorisent. Il s'intéresse également à ceux qui, placés dans des situations comparables, refusent d'obéir, prennent leurs responsabilités ou viennent en aide à autrui.

La question se déplace alors : plutôt que de chercher ce qui sépare définitivement les « bons » des « mauvais », il faut comprendre ce qui, dans une situation donnée, conduit une personne à se soumettre, à se désengager de sa responsabilité… ou à rester fidèle à elle-même.

Pourquoi ce livre m'a parlé en tant que MOA

Ce qui m'a particulièrement frappé, c'est la question de la responsabilité individuelle dans un système organisé.

Dans une organisation, personne ne décide toujours complètement seul. Il existe une hiérarchie, des processus, des rôles, des procédures, des contraintes budgétaires, des décisions prises en comité. Chacun n'en porte parfois qu'une petite partie.

Et c'est précisément là que le livre m'interpelle.

Combien de fois entend-on en projet :

« Ce n'est pas moi qui ai décidé. »
« C'est le processus. »
« La direction a arbitré. »
« Nous appliquons simplement la décision. »

Pris séparément, chacun peut avoir parfaitement rempli son rôle. Pourtant, collectivement, l'organisation peut produire une décision dont plus personne ne semble réellement se sentir responsable.

La MOA occupe justement une position intéressante dans cette mécanique. Elle se trouve souvent entre plusieurs logiques : le métier, l'IT, la direction, les contraintes réglementaires, les délais, les coûts. Elle traduit, arbitre, alerte, accompagne — mais jusqu'où doit-elle simplement transmettre une décision et à partir de quand doit-elle la questionner ?

Terestchenko m'a surtout conduit à déplacer la question. Il ne s'agit plus seulement de demander : « Qui est responsable ? », mais aussi : « Que fait l'organisation à notre sentiment de responsabilité ? »

Et derrière cette interrogation apparaît une autre question, qui dépasse largement la MOA :

l'organisation révèle-t-elle nos comportements… ou contribue-t-elle à les fabriquer ?

Ce que tu peux en retenir sans tout lire

Le livre navigue entre philosophie, psychologie sociale et réflexion morale. Il demande davantage d'attention qu'un ouvrage de vulgarisation, mais les expériences et situations analysées rendent les concepts très concrets.

Trois fils à suivre :

  • L'obéissance : nous sommes probablement moins indépendants de l'autorité et des circonstances que nous aimons le croire.

  • La responsabilité : une organisation peut fragmenter l'action au point que chacun n'en assume qu'une partie, avec le risque de diluer la responsabilité de l'ensemble.

  • La résistance : face à une même situation, tout le monde n'obéit pas. Comprendre ceux qui refusent ou viennent en aide à autrui est aussi important que comprendre ceux qui se soumettent.

🎯 Note de difficulté : 3/5

L'ouvrage reste accessible sans formation philosophique particulière, mais il est plus exigeant qu'un essai de vulgarisation classique. Michel Terestchenko confronte expériences de psychologie sociale, situations historiques et réflexion philosophique : certaines parties demandent donc de ralentir la lecture.

Mais c'est aussi ce qui fait son intérêt : le livre ne donne pas une explication confortable du comportement humain.

Il oblige plutôt à abandonner une certitude : celle de savoir comment nous-mêmes nous comporterions dans certaines circonstances.

Et c'est probablement la question la plus dérangeante du livre : face à une autorité, à un groupe ou à une organisation, jusqu'où resterions-nous réellement fidèles à ce que nous pensons être ?

Où le trouver

Publié aux Éditions La Découverte, Un si fragile vernis d'humanité – Banalité du mal, banalité du bien est également disponible en format poche dans la collection La Découverte/Poche.

Un si fragile vernis d’humanité Michel Terestchenko

Le Fil de SI

Un espace de réflexion sur les systèmes d'information, les projets et les transformations qui façonnent les organisations.

© 2026 Le Fil du SI — Philippe Viraye

Une idée, une réaction ou l'envie de participer à un Regard croisé ?