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L’erreur : faute ou matière à progresser ?
Une réflexion sur notre rapport à l’erreur : entre culpabilité, recul et apprentissage, comment transformer ce qui nous fait douter en expérience pour avancer ?
Philippe Viraye
9/6/20265 min read


L’erreur : faute ou matière à progresser ?
« J'aurais dû savoir. »
Je ne sais pas combien de fois je me suis déjà dit ça.
Après une mauvaise décision, une confiance mal placée, un choix que je ne referais certainement pas aujourd'hui.
Et c'est justement ce « aujourd'hui » qui me pose problème.
Parce qu'aujourd'hui, je connais la suite.
Au moment de décider, non.
C'est évident dit comme ça. Pourtant, lorsqu'il s'agit de juger nos propres erreurs, nous semblons l'oublier assez facilement.
C'était pourtant évident…
Il m'est déjà arrivé de repenser à une situation en me demandant comment j'avais pu ne pas voir certains signes.
Ils étaient là.
Avec le recul, tout paraît presque grossier.
Sauf que cette expression dit exactement ce qu'elle veut dire : avec le recul.
Sur le moment, ces mêmes signes étaient mélangés à beaucoup d'autres choses. Il y avait ce que je savais, ce que je pensais savoir, ce que l'on me disait, ce que j'espérais probablement aussi.
Et puis il fallait décider.
C'est assez facile, quelques mois ou quelques années plus tard, de reprendre tous les éléments et de reconstruire une histoire parfaitement logique.
Le problème, c'est qu'au moment où je la vivais, je ne connaissais pas encore la fin.
Je ne dis pas cela pour me dédouaner de mes erreurs. Certaines étaient évitables. Il y a aussi des moments où je n'avais simplement pas voulu voir.
Mais entre « je n'ai pas voulu voir » et « j'aurais forcément dû savoir », il y a quand même une différence.
Le plus difficile n'est pas toujours l'erreur
Il y a autre chose qui me frappe.
Certaines erreurs disparaissent très vite de notre mémoire. D'autres restent là.
Et ce ne sont pas forcément les plus graves.
Je me demande si celles qui nous poursuivent ne sont pas surtout celles qui viennent contredire quelque chose que nous pensions savoir sur nous-mêmes.
Je me pensais prudent.
Je ne l'ai pas été.
Je pensais savoir juger une situation.
Je me suis trompé.
Je pensais avoir suffisamment d'expérience pour ne plus tomber dans certains pièges... Raté.
Et c'est peut-être ça qui fait mal. Pas seulement : « je me suis trompé ». Mais : « moi, je me suis trompé là-dessus ? » La nuance paraît petite. Je crois qu'elle ne l'est pas du tout.
Évidemment, j'ai envie de comprendre
Ceux qui ont déjà lu quelques-uns de mes textes savent que j'ai une légère tendance à chercher ce qui se cache derrière ce qui paraît évident.
Bon… « légère » est peut-être optimiste.
Freud pourrait probablement s'installer à côté de moi et commencer à poser quelques questions. Lacan en ajouterait trois autres auxquelles je ne suis pas certain de comprendre quoi que ce soit.
Je vais les laisser tranquilles. Ils ont déjà suffisamment occupé Le Fil du SI ces derniers temps.
Mais la question reste là : pourquoi ?
Pourquoi ai-je pris cette décision ?
Pourquoi ai-je fait confiance ?
Pourquoi ai-je recommencé quelque chose que je pensais pourtant avoir compris ?
Je crois qu'il faut se poser ces questions. Enfin… jusqu'à un certain point. Parce que j'ai aussi découvert qu'on pouvait passer énormément de temps à essayer de comprendre quelque chose qui, de toute façon, ne changera plus. Là, je suis beaucoup moins certain de l'utilité de l'exercice.
À un moment, il faut peut-être arrêter de demander : « Pourquoi ai-je fait ça ? » et essayer plutôt : « Bon. Maintenant, j'en fais quoi ? »
Je trouve la deuxième question nettement moins confortable. Mais probablement plus utile.
Est-ce qu'on apprend vraiment de ses erreurs ?
On le dit tout le temps : "On apprend de ses erreurs"
J'aimerais bien que ce soit aussi simple.
Parce que, personnellement, il m'est arrivé de refaire des erreurs que j'avais pourtant parfaitement identifiées la première fois.
Donc visiblement, comprendre ne suffit pas toujours.
Et puis certaines erreurs ne nous apprennent absolument rien. On s'est trompé, c'était idiot, on aurait préféré éviter et voilà.
Je me méfie un peu de cette manie de vouloir transformer chaque mauvaise expérience en quelque chose de positif.
Tout n'a pas besoin de devenir une « belle leçon de vie ».
Parfois, c'était juste une mauvaise décision.
En revanche, certaines erreurs laissent quelque chose.
On ne réagit plus tout à fait de la même façon après.
On repère un détail auquel on n'aurait pas prêté attention avant.
On hésite là où autrefois on aurait foncé.
Ou, à l'inverse, on ose davantage parce qu'on a découvert que se tromper n'était finalement pas la catastrophe imaginée.
Là, oui, quelque chose s'est passé.
Et l'expérience dans tout ça ?
C'est probablement l'un des paradoxes qui m'amusent le plus.
Quand on est jeune, on a le droit de se tromper parce qu'on manque d'expérience.
Puis on acquiert de l'expérience grâce, entre autres, aux erreurs que l'on a commises.
Et une fois expérimenté, on n'aurait plus vraiment le droit de se tromper… précisément parce qu'on a de l'expérience.
Il faudra qu'on m'explique.
Bien sûr que l'expérience doit servir.
À bientôt 50 ans, j'espère tout de même avoir appris deux ou trois choses que j'ignorais à 20.
Mais si l'expérience consistait à ne plus se tromper, cela se saurait.
Je crois plutôt qu'elle change notre manière de nous tromper.
Certaines erreurs deviennent moins fréquentes. D'autres disparaissent. Et puis de nouvelles arrivent, généralement dans des domaines où nous étions justement assez sûrs de nous.
Histoire de rester modestes.
Alors, faute ou matière à progresser ?
Je pensais avoir une réponse assez claire en commençant à écrire cette chronique.
Je l'ai un peu moins maintenant.
Et finalement, ça me va bien.
Je ne crois pas que toutes les erreurs soient des fautes.
Je ne crois pas non plus qu'elles soient toutes de formidables occasions de grandir. Il y a probablement un peu de tout cela. Ce dont je suis davantage convaincu, c'est qu'une erreur ne devrait pas devenir une définition de celui qui l'a commise.
On peut avoir été naïf sans être naïf.
Prendre une mauvaise décision sans être mauvais dans ses décisions. Se tromper sur quelqu'un sans être incapable de comprendre les autres. Cette distinction paraît évidente quand il s'agit de quelqu'un d'autre. Curieusement, elle l'est beaucoup moins lorsqu'il s'agit de nous.
Alors j'essaie désormais de remplacer le fameux : « Comment ai-je pu me tromper ? » par une question un peu différente : « Qu'est-ce que je sais maintenant que je ne savais pas avant ? »
Je n'ai pas toujours une réponse. Mais quand j'en trouve une, je me dis que l'erreur n'aura peut-être pas été complètement inutile.
Pas une chance.
Pas une formidable opportunité.
Pas nécessairement une leçon de vie.
Juste une expérience de plus.
Et finalement, c'est peut-être déjà beaucoup.
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